Les mouvements anti-IVG reprennent-ils de la vigueur en France ? Le Planning familial vient de déposer plainte après une série de dégradations et d’actions violentes menées par des militants "pro-vie" contre ses centres parisiens…
Ils étaient quelques milliers (10.000 selon les organisateurs, 2.500 selon la police) le 20 janvier dernier à manifester dans les rues de Paris contre l’avortement. Une manifestation à l’appel du collectif "30 ans ça suffit" (allusion à la loi Veil de 1975 légalisant l’interruption volontaire de grossesse) regroupant les principales associations "pro-vie" et soutenue par le Front national ; Jean-Marie Le Pen avait appelé à une forte mobilisation et son bras droit Bruno Gollnisch était en tête du cortège.
Organisée chaque année depuis 2004, cette "Marche pour la vie" intervenait trois jours après la mise en place en région parisienne par le Planning familial d’une campagne de publicité qui, pour la première fois, revendiquait le droit à l’avortement (voir ci-dessus). Le choix de l’Ile-de-France n’est pas anodin : on y pratique un quart des avortements réalisés en France, malgré la diminution sensible du nombre de centres pratiquant l’IVG (126 en 2005, contre 176 en 1999). C’est aussi en Ile-de-France, selon le Planning familial, que l’IVG relève du "parcours de la combattante".
Depuis la mise en place de cette campagne, les deux centres parisiens du Planning familial, rue Vivienne (IIe) et boulevard Masséna (XIIIe), ont été la cible de multiples dégradations et actions violentes : autocollants injurieux et tags, bombes lacrymogènes glissées sous les portes des salles d’attente… Les associations anti-IVG déclinent toute responsabilité dans ces actions qu’elles attribuent à des débordements individuels.
Autocollants distribués par l’association SOS tout-petits - © DR
Un contexte favorable et du sang neuf
Reste que, dix ans après la condamnation de plusieurs militants anti-avortement à des peines de prison, ces associations se sentent aujourd’hui moins marginales, car portées par un contexte idéologique et politique plus favorable : pratique de l’IVG remise en question en Espagne, en Lituanie et en Italie, demande d’un moratoire anti-avortement dans le monde entier soutenue par le Vatican, sans oublier le récent arrêt de la Cour de cassation autorisant trois couples à inscrire à l’état civil leur fœtus mort né. Les associations anti-avortement ont toutes salué le premier pas que constitue, pour elles, cette décision.
Vingt ans après la fondation de son association SOS tout-petits, le pédiatre et embryologiste Xavier Dor se félicite du renouvellement de ses "troupes". Les militants anti-avortement ne sont plus seulement des catholiques traditionnalistes d’extrême-droite, il y a de plus en plus de jeunes parmi les opposants. Des adolescentes de moins de 15 ans qui distribuent des autocollants (voir ci-contre) et sont "nos propagandistes dans les cours des lycées", se félicite celui qui serait l’initiateur des "commandos anti-IVG".
En Ile-de-France, le Planning familial donne quelque 90.000 consultations chaque année. Selon les chiffres ministériels, si le nombre d’IVG reste relativement stable en France (206.300 en 2006), il ne cesse d’augmenter chez les mineures.
Dossier web : Gilles Halais